"L'ambassade du PEROU à Ris-Orangis est un repère - un espace visible - et un observatoire - un lieu qui regarde -. Décrire ce qui a lieu dans un bidonville situé sur le territoire européen, telle est l'ambition de ce blog. Exactement, il s'agit de décrire l'humanité qui a lieu, l'humanité qui fait lieu" (décembre 2012). Le 3 avril 2013, tout a été détruit, sauf l'essentiel. A Grigny, où vivent aujourd'hui les familles, nous continuons d'oeuvrer pour que l'on construise enfin.
jeudi 6 février 2014
Le chantier de la Folie (week-end 2)
Comme l'indique la lettre envoyée aujourd'hui au Maire de Grigny, lettre reproduite ci-dessous, le week-end dernier fut marqué par l'activation d'un chantier aussi nécessaire qu'enthousiaste.
Comme le présente le document publié ci-dessous, le week-end à venir sera marqué par la poursuite de ce chantier toujours aussi nécessaire et bien évidemment ouvert à tout public enthousiaste. Rejoignez-nous donc, quelles que soient vos compétences : on trouvera à faire ensemble, tant il y a à faire ensemble. Il suffit de se présenter sur les lieux dès 9h30 samedi et dimanche, et pour quelque question que ce soit, de nous joindre à : contact@perou-paris.org. Il est à noter que, grâce au talent de quelques formidables riverain(e)s, le chantier sera agrémenté à midi d'un repas merveilleux, et néanmoins offert.
PS : Samedi soir, nous nous retrouvons à l'Amin Théâtre de Viry-Châtillon pour une table ronde organisée dans le cadre de la journée "Etranges étrangers - Roumanie mania". Les informations sont disponibles ici. Durant cette journée, alors que nous serons sur le terrain, plusieurs de nos films seront présentés dans le théâtre : Considérant qu'il est plausible que de tels événements puissent à nouveau survenir ; La Place - Ris-Orangis ; et La Folie Grigny.
vendredi 31 janvier 2014
A la Folie !
Dix mois sont passés depuis l'installation des familles sur le terrain de la Folie, chassées qu'elles furent le 3 avril de la Place de l'Ambassade. Le temps, largement, d'inventer un monde. Las : c'est le spectacle d'un entêtement que nous avons observé, et bien évidemment consigné dans nos archives.
A Ris-Orangis, la Mairie socialiste ordonnait la destruction du bidonville de la Nationale 7 "pour la sécurité des personnes". A Grigny, la Mairie communiste suivait la pente, au degré d'inclinaison près, en demandant qu'on expulse, la main sur le coeur. Devant le juge le 15 novembre dernier, l'avocat de la Mairie tint en effet un discours merveilleusement délirant. Nous fut d'abord narré, comble d'ironie, le projet d'un centre commercial vital à l'économie de la commune pour justifier d'enfoncer un peu davantage, par l'expulsion répétée une énième fois, les familles dans leur économie dérisoire. Nous fut ensuite offerte une plaidoirie sous forme de syllogisme abracadabrantesque. En substance : "Nous nous opposons à la politique de violence consistant à expulser sans solution" ; "Ne pas expulser les familles de Grigny serait absoudre l'Etat et l'encourager à ne pas assumer sa responsabilité de trouver des solutions" ; "Nous demandons donc l'expulsion parce que nous nous y opposons". Avec une main, nous nous frottions les yeux, avec l'autre nous prenions note à l'éructation de honte près. Un jour prochain nous publierons le verbatim de cette séance, pour mesurer combien l'absence de vergogne nous gouverne.
On s'entête donc à reproduire la même politique écervelée : au motif ô combien moralement élevé que l'on s'oppose à ce que se pérennise le bidonville, on détruit celui-ci et contribue donc à faire se pérenniser le bidonville. L'entêtement burlesque, la folie en étendard.
Puisqu'au PEROU nous sommes également têtus, nous reprenons le chemin de la Folie, nom merveilleux que porte ce terrain sur lequel sont installées aujourd'hui les personnes "chassées de toutes parts" comme le décrit le dernier rapport d'Amnesty International. Le juge a entre temps délibéré : nulle expulsion ne sera ordonnée avant le 31 mars, fin de la trêve hivernale et, accessoirement, lendemain du deuxième tour des élections municipales. Nous ne savons pas de quoi l'avenir sera fait, mais savons de quoi il en retourne au présent : une situation sanitaire inquiétante, boue, rats, feu menaçant, et fumées étouffantes. Nous sommes têtus car nous sommes convaincus qu'agir au présent, notamment pour répondre à ces urgences, est le seul moyen d'inventer un nouvel avenir : sécurisé, le bidonville peut devenir le théâtre d'un travail serein de construction de solutions durables, hors le bidonville, à l'abri de l'urgence. Et nous nous sommes promis une chose simple, élémentaire : d'en faire la démonstration.
Alors, fin décembre, nous avons adressé une lettre aux habitants. Une par foyer, soit quarante courriers pour proposer à chacun de nous formuler des doléances à la réalisation desquelles nous pourrions ensemble nous mettre à travailler : pour le présent, pour l'avenir. Nous avons reçu en retour une trentaine de lettres, parfois magnifiques. On nous alerte : les toitures fuient, les rats se multiplient, la boue rend le terrain impraticable et les enfants un jour sur deux ne sauraient même le traverser pour rejoindre l'école. On rêve un peu davantage : des toilettes et des douches que la majorité demande ; une salle commune, un lieu pour inviter les riverains, peut-être pas une ambassade non, mais un consulat au moins ! On insiste : des CV, et un emploi, et pas qu'un seul, et pour tout le monde. Voilà donc esquissé un programme, que nous nous donnons de suivre, programme dessiné ci-dessous :
Pour ce faire, nous sommes nombreux, très nombreux à avoir vu passer ces dix mois comme une perte de temps lamentable, très nombreux à vouloir enfin agir. Pour ce faire, nous avons réuni des fonds, notamment grâce au soutien indéfectible de la Fondation Abbé Pierre qui, dans le même temps, sort un Rapport sur le mal logement accablant (résumé ici). Pour ce faire, nous avons besoin de l'enthousiasme et de la détermination de tous. Pour construire, prendre soin des personnes mais aussi des lieux, faire de cette action une fête.
Avant l'échéance du 31 mars, neuf week-end s'offrent à nous. Nous nous proposons, nous vous proposons, de les occuper avec douceur et folie. Chaque samedi, un déjeuner sera offert par les riverains. Demain samedi 1e février, c'est Yvette qui régale ! Chaque week-end, nous projetterons des films, accueillerons des artistes tels que Didier Galas ou Miléna Kartowski qui, déjà à Noël, ont apporté un peu de leur folie sur la Folie. Et, chemin faisant, nous transformerons le présent, et donc l'avenir, ensemble. Nous ferons de la politique, à l'endroit même où la politique se réduit à défaire, et poursuit une défaite.
PS 1 : Ce billet est le dernier du blog de l'Ambassade de Ris-Orangis, et le prochain sera publié sur un blog tout neuf, dédié à la Folie. Mais quoi qu'il en soit, pour nous suivre contactez-nous à : contact@perou-paris.org
PS 2 : Pour nous retrouver directement sur le terrain, dès demain 10h du matin, suivez les pointillés ci-dessous (la gare RER en question est celle de Grigny-Centre, desservie par la ligne D) :
PS 3 : Nous préparons, dans le même élan, la sortie de bien des publications réjouissantes. Un livre collectif le 14 mars réunissant les contributions de 32 auteurs sur la destruction du bidonville de Ris-Orangis (Jean-Christophe Bailly, Etienne Balibar, Stéphane Bérard, Chloé Bodart, Patrick Bouchain, Robert Cantarella, Charlotte Cauwer, Julien Choppin, Hélène Cixous, Gilles Clément, Margot Crayssac, François Cusset, Nicola Delon, Valérie de Saint-Do, Jac Fol, Jean-Michel Frodon, Didier Galas, Edith Hallauer, Cyrille Hanappe, Loïc Julienne, Isabelle Lassignardie, Franck Leibovici, Ronan Letourneur, Francis Marmande, Béatrice Mésini, Olivier Quintyn, Ramona Strachinaru, Richard Sabatier, Merril Sinéus, Michel Surya, Aude Tincelin, et Jean Torrent), Un imagier trilingue (Français, Romanes, Roumain) fin mars que nous offrirons aux classes dans lesquelles sont scolarisés les enfants. Un nouveau film, au printemps, réalisé à partir de séquences que tournent en ce moment même les familles, dont le processus de réalisation est visible ici. Et, dans l'année 2014, un livre sur l'ensemble du travail conduit dans l'Essonne, et une exposition en octobre, novembre et décembre, dans un haut lieu de l'architecture.
A Ris-Orangis, la Mairie socialiste ordonnait la destruction du bidonville de la Nationale 7 "pour la sécurité des personnes". A Grigny, la Mairie communiste suivait la pente, au degré d'inclinaison près, en demandant qu'on expulse, la main sur le coeur. Devant le juge le 15 novembre dernier, l'avocat de la Mairie tint en effet un discours merveilleusement délirant. Nous fut d'abord narré, comble d'ironie, le projet d'un centre commercial vital à l'économie de la commune pour justifier d'enfoncer un peu davantage, par l'expulsion répétée une énième fois, les familles dans leur économie dérisoire. Nous fut ensuite offerte une plaidoirie sous forme de syllogisme abracadabrantesque. En substance : "Nous nous opposons à la politique de violence consistant à expulser sans solution" ; "Ne pas expulser les familles de Grigny serait absoudre l'Etat et l'encourager à ne pas assumer sa responsabilité de trouver des solutions" ; "Nous demandons donc l'expulsion parce que nous nous y opposons". Avec une main, nous nous frottions les yeux, avec l'autre nous prenions note à l'éructation de honte près. Un jour prochain nous publierons le verbatim de cette séance, pour mesurer combien l'absence de vergogne nous gouverne.
On s'entête donc à reproduire la même politique écervelée : au motif ô combien moralement élevé que l'on s'oppose à ce que se pérennise le bidonville, on détruit celui-ci et contribue donc à faire se pérenniser le bidonville. L'entêtement burlesque, la folie en étendard.
Puisqu'au PEROU nous sommes également têtus, nous reprenons le chemin de la Folie, nom merveilleux que porte ce terrain sur lequel sont installées aujourd'hui les personnes "chassées de toutes parts" comme le décrit le dernier rapport d'Amnesty International. Le juge a entre temps délibéré : nulle expulsion ne sera ordonnée avant le 31 mars, fin de la trêve hivernale et, accessoirement, lendemain du deuxième tour des élections municipales. Nous ne savons pas de quoi l'avenir sera fait, mais savons de quoi il en retourne au présent : une situation sanitaire inquiétante, boue, rats, feu menaçant, et fumées étouffantes. Nous sommes têtus car nous sommes convaincus qu'agir au présent, notamment pour répondre à ces urgences, est le seul moyen d'inventer un nouvel avenir : sécurisé, le bidonville peut devenir le théâtre d'un travail serein de construction de solutions durables, hors le bidonville, à l'abri de l'urgence. Et nous nous sommes promis une chose simple, élémentaire : d'en faire la démonstration.
Alors, fin décembre, nous avons adressé une lettre aux habitants. Une par foyer, soit quarante courriers pour proposer à chacun de nous formuler des doléances à la réalisation desquelles nous pourrions ensemble nous mettre à travailler : pour le présent, pour l'avenir. Nous avons reçu en retour une trentaine de lettres, parfois magnifiques. On nous alerte : les toitures fuient, les rats se multiplient, la boue rend le terrain impraticable et les enfants un jour sur deux ne sauraient même le traverser pour rejoindre l'école. On rêve un peu davantage : des toilettes et des douches que la majorité demande ; une salle commune, un lieu pour inviter les riverains, peut-être pas une ambassade non, mais un consulat au moins ! On insiste : des CV, et un emploi, et pas qu'un seul, et pour tout le monde. Voilà donc esquissé un programme, que nous nous donnons de suivre, programme dessiné ci-dessous :
Pour ce faire, nous sommes nombreux, très nombreux à avoir vu passer ces dix mois comme une perte de temps lamentable, très nombreux à vouloir enfin agir. Pour ce faire, nous avons réuni des fonds, notamment grâce au soutien indéfectible de la Fondation Abbé Pierre qui, dans le même temps, sort un Rapport sur le mal logement accablant (résumé ici). Pour ce faire, nous avons besoin de l'enthousiasme et de la détermination de tous. Pour construire, prendre soin des personnes mais aussi des lieux, faire de cette action une fête.
Avant l'échéance du 31 mars, neuf week-end s'offrent à nous. Nous nous proposons, nous vous proposons, de les occuper avec douceur et folie. Chaque samedi, un déjeuner sera offert par les riverains. Demain samedi 1e février, c'est Yvette qui régale ! Chaque week-end, nous projetterons des films, accueillerons des artistes tels que Didier Galas ou Miléna Kartowski qui, déjà à Noël, ont apporté un peu de leur folie sur la Folie. Et, chemin faisant, nous transformerons le présent, et donc l'avenir, ensemble. Nous ferons de la politique, à l'endroit même où la politique se réduit à défaire, et poursuit une défaite.
PS 1 : Ce billet est le dernier du blog de l'Ambassade de Ris-Orangis, et le prochain sera publié sur un blog tout neuf, dédié à la Folie. Mais quoi qu'il en soit, pour nous suivre contactez-nous à : contact@perou-paris.org
PS 2 : Pour nous retrouver directement sur le terrain, dès demain 10h du matin, suivez les pointillés ci-dessous (la gare RER en question est celle de Grigny-Centre, desservie par la ligne D) :
PS 3 : Nous préparons, dans le même élan, la sortie de bien des publications réjouissantes. Un livre collectif le 14 mars réunissant les contributions de 32 auteurs sur la destruction du bidonville de Ris-Orangis (Jean-Christophe Bailly, Etienne Balibar, Stéphane Bérard, Chloé Bodart, Patrick Bouchain, Robert Cantarella, Charlotte Cauwer, Julien Choppin, Hélène Cixous, Gilles Clément, Margot Crayssac, François Cusset, Nicola Delon, Valérie de Saint-Do, Jac Fol, Jean-Michel Frodon, Didier Galas, Edith Hallauer, Cyrille Hanappe, Loïc Julienne, Isabelle Lassignardie, Franck Leibovici, Ronan Letourneur, Francis Marmande, Béatrice Mésini, Olivier Quintyn, Ramona Strachinaru, Richard Sabatier, Merril Sinéus, Michel Surya, Aude Tincelin, et Jean Torrent), Un imagier trilingue (Français, Romanes, Roumain) fin mars que nous offrirons aux classes dans lesquelles sont scolarisés les enfants. Un nouveau film, au printemps, réalisé à partir de séquences que tournent en ce moment même les familles, dont le processus de réalisation est visible ici. Et, dans l'année 2014, un livre sur l'ensemble du travail conduit dans l'Essonne, et une exposition en octobre, novembre et décembre, dans un haut lieu de l'architecture.
lundi 11 novembre 2013
Communiqué du 11 novembre
Les deux documents annoncés dans le communiqué, documents versés au dossier de la défense des familles du bidonville de la Folie :
- Une représentation graphique du coût de la destruction du bidonville de la Place de l'Ambassade à Ris-Orangis, bidonville d'où est issue la plupart des familles présentes sur le terrain de la Folie à Grigny.
Document réalisé par Ruben Salvador, architecte, diplômé de l'Ecole des Arts Politiques (Sciences Po Paris)
- Un scénario du projet de transformation du bidonville existant de telle sorte à stabiliser les lieux, et permettre que les familles y demeurent le temps qu'un projet d'insertion soit mis en place.
Document réalisé par Charlotte Cauwer, architecte, enseignante à l'Ecole Nationale d'Architecture de Paris la Villette.
dimanche 3 novembre 2013
Commune défaite (Sur le film du PEROU)
" Si le nom et l'identité de quelque chose comme la ville ont encore un sens et restent l'objet d'une référence pertinente, une ville doit s'élever au-dessus des Etats-nations ou du moins s'en affranchir, pour devenir, selon une nouvelle acception du mot, une ville franche quand il s'agit d'hospitalité et de refuge. " (Jacques Derrida)
Jacques Derrida a vécu 36 ans à Ris-Orangis. Il y est aujourd'hui enterré. Celui qui écrivit des lignes puissantes sur "l'hospitalité inconditionnelle", celle consistant à accueillir un homme sans lui demander de comptes, aurait sans doute honte de ce qui aujourd'hui tient lieu de politique dans sa ville. A l'inconditionnalité, à l'hospitalité même, les élus opposent une pauvre théorie de la responsabilité répétant qu'il serait fou d'accueillir à bras ouverts. Ils méprisent ainsi la seule raison d'être de la ville, celle qui la fait se distinguer d'un désert de sens, d'un enclos sans avenir. Faire commune ne peut consister à autre chose qu'à faire l'hospitalité, et à cette fin inlassablement réinventer l'espace, ses formes mais aussi son droit comme son économie. A Ris-Orangis, 10 ans après la mort de Derrida, on détruit ce qui s'invente : il y a 7 mois désormais, on a détruit la Place de l'Ambassade ; dans les jours à venir, en vertu d'une décision du juge en date du 25 octobre, on détruira les deux bidonvilles jouxtant l'hippodrome et la "base de vie", toujours déserte. Des familles entières ont été et seront de nouveaux poussées plus loin, destinées à rencontrer la similaire hostilité d'un "responsable" d'une commune voisine.
Dans le prolongement de Ris-Orangis, s'étend la commune d'Evry, berceau politique d'un Ministre de l'Intérieur officiellement raciste. Celles et ceux qui vécurent Place de l'Ambassade avaient pour la plupart fuit les lisières de ce chef-lieu du département de l'Essonne, lisières nettoyées par Manuel Valls avant qu'il obtienne consécration gouvernementale. Son successeur n'est au demeurant pas en reste, ordonnant qu'on expulse et détruise sans s'embarrasser de quelque procédure judiciaire que ce soit. Sans doute gonflé par l'aura de son prédécesseur, ce Francis Chouat va jusqu'à fièrement déployer son programme dans les pages du Monde en date du 18 octobre, y répétant le mot "vérité" à tour de bras, et s'efforçant par là même de démontrer que quiconque s'oppose à l'hostilité dont il se fait le chantre verse dans l'antirépublicanisme et le scandaleux mensonge. Jacques Derrida eut diagnostiqué la grande faillite politique d'un régime servi par de tels idéologues s'acharnant à faire la guerre plutôt qu'à faire la ville.
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| Extrait du film du PEROU |
Dans le prolongement de Ris-Orangis, s'étend la commune d'Evry, berceau politique d'un Ministre de l'Intérieur officiellement raciste. Celles et ceux qui vécurent Place de l'Ambassade avaient pour la plupart fuit les lisières de ce chef-lieu du département de l'Essonne, lisières nettoyées par Manuel Valls avant qu'il obtienne consécration gouvernementale. Son successeur n'est au demeurant pas en reste, ordonnant qu'on expulse et détruise sans s'embarrasser de quelque procédure judiciaire que ce soit. Sans doute gonflé par l'aura de son prédécesseur, ce Francis Chouat va jusqu'à fièrement déployer son programme dans les pages du Monde en date du 18 octobre, y répétant le mot "vérité" à tour de bras, et s'efforçant par là même de démontrer que quiconque s'oppose à l'hostilité dont il se fait le chantre verse dans l'antirépublicanisme et le scandaleux mensonge. Jacques Derrida eut diagnostiqué la grande faillite politique d'un régime servi par de tels idéologues s'acharnant à faire la guerre plutôt qu'à faire la ville.
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| Extrait du film du PEROU |
Grigny complète ce paysage politique de misère. Au diapason de leurs voisins qu'accessoirement ils exècrent, les élus de cette ville où se trouvent aujourd'hui les familles de la Place de l'Ambassade envisagent un même carnage : expulsion et destruction. Sans doute espèrent-ils secrètement que les familles s'en retournent à Ris ou Evry, comme un manège sordide, sorte de ballon prisonnier où ce sont des vies avec lesquelles on joue. Ici comme ailleurs, on s'acharne précisément à ce que ces vies ne deviennent pas trop manifestes : des membres du parti communiste s'affirmant militants "pro-Roms" (entendre "anti-socialistes", et comprendre "pro-Mairie") ont déployé la semaine dernière tout ce qu'ils pouvaient de misérable stratégie pour empêcher la tenue dans le bidonville d'un spectacle de danse flamenco organisé par des riverains. Ici comme ailleurs, il ne faut pas que la vie s'accroche de trop sur le sol argileux, de peur que l'on ne puisse s'en débarrasser facilement. Ici comme ailleurs, il faut que nettoyage se passe sans laisser de traces dans les consciences républicaines. Le vendredi 15 novembre à 9h30, au Tribunal de Grande Instance d'Evry justement, lors de l'audience consacrée à cette énième expulsion, il nous faudra être très nombreux pour entendre l'invraisemblable argumentaire de la Mairie, et en témoigner alentours.
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| Extrait du film du PEROU |
Jacques Derrida publia en 1997 un petit livre titré "Cosmopolites de tous les pays, encore un effort !". En 2013, un seul effort n'y ferait rien, tant le désastre est vaste alentours. Et pourtant, faire l'hospitalité à celles et ceux qui migrent jusque sur les terres où vécut le philosophe est la seule perspective qui puisse se concevoir. C'est ce que nous avons entrepris : esquisser, par les actes, le dessin d'une ville franche, parce qu'hospitalière. C'est ce que nous avons consigné dans le court métrage "Considérant qu'il est plausible que de tels événements puissent à nouveau survenir", où les images de ces actes font face à la logorrhée de la commune défaite. Ce film est accessible ici, avec le mot de passe "risorangis".
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