vendredi 7 mars 2014

A Ris-Orangis ! (week-end de chantier ouvert au public)


A Grigny, nous gagnerons la mise en oeuvre d'un projet de stabilisation temporaire des familles occupant le terrain de la Folie. De récentes paroles du Maire en attestent : publiquement fut récemment  affirmé que nulle expulsion n'aurait lieu avant la fin de l'année scolaire ; publiquement fut récemment annoncé que la Mairie s'avérait favorable à la mise en oeuvre d'un projet d'insertion. Un mois durant, nous avons construit dans le bidonville, et rencontré simultanément les acteurs publics susceptibles d'accompagner la Mairie dans cette bonne voie. Un mois durant, nous avons consulté les familles, relevé par écrit leur désir de vivre et de travailler ici. Forts de l'enthousiasme que nous avons rencontré, et forts des perspectives que nous avons vu se dessiner, nous continuerons d'oeuvrer à cette dynamique constructive, jusqu'à ce qu'elle porte enfin ses fruits. Par ce qu'il ne peut en être autrement.


Sur le chantier de la Folie à Grigny, 1e mars
Photo Laurent Malone

Studio photographique de la Folie mis en place par Rafaël Trapet
afin de réaliser portraits de chacune et chacun pour trouver bonne place
sur les CV notamment réalisés par les étudiants de l'Ensad. 1e mars


Parallèlement, nous entamons le chantier sur la dite "base de vie", projet d'établissement temporaire issu de l'action que nous avons conduite à Ris-Orangis. Alors que nous inaugurions l'Ambassade en décembre 2012, les pouvoirs publics s'affichaient résolument hostiles à toute issue dérogeant à la règle de l'expulsion et de la destruction. Nous avons continué d'oeuvrer, forts de l'enthousiasme rencontré et des perspectives que nous avons vu peu à peu se dessiner. Nous luttions pour que chacun en finisse avec la terreur de l'éloignement. Nous avons failli : seules 38 personnes sur 150 en réchappaient, voyant la perspective se dessiner tout à la fois d'une régularisation et d'un établissement temporaire sur le territoire de Ris-Orangis. Aujourd'hui, presque un an après la destruction de la Place de l'Ambassade, elles s'avèrent sorties d'affaire : effectivement régularisées, contrats de travail en poche. Reste que leur établissement temporaire demeure rudimentaire s'il en est : une lame du bitume flanquée de 12 Algecos, le tout aux confins de la ville. Nous avons alors proposé au Conseil Général d'accompagner la transformation de cet espace jusqu'à ce qu'il s'avère, aux yeux des familles d'abord, et de tous les acteurs concernés ensuite, d'une qualité manifeste.

Aussi débutons-nous ce chantier ce week-end, avec un horizon crucial : faire la démonstration qu'ici même et malgré tout, une urbanité à la qualité manifeste peut éclore. Aussi, ouvrons-nous ce chantier au public, actif autant que faire se peut, afin qu'ensemble nous construisions sur "la base de vie" jusqu'à lui faire changer de visage et de nom. Horizon crucial pour celles et ceux qui n'ont pas la chance d'être sortis d'affaire : telle démonstration doit faire école pour qu'ailleurs en général, et à Grigny en particulier, cessent les destructions, et s'activent de nouveaux projets de construction. Parce qu'il ne peut en être autrement.























PS 1 : Un déjeuner est offert à l'assemblée oeuvrante, samedi comme dimanche (s'inscrire sur le planning du chantier est recommandé, en cliquant ici)

PS 2 : Mardi 11 mars à 19h aux Caves Dupetit Thouars, 12 rue Dupetit Thouars à Paris (métro République), sera présenté le livre du PEROU, en présence de nombre de ses auteurs. Livre toujours pré-vente à 14 euros jusqu'au 14 mars ici.



mercredi 26 février 2014

Le livre du PEROU


Le 29 mars dernier, le Maire de Ris-Orangis signait l'Arrêté municipal n° 2013/147 qui allait faire se précipiter trois jours plus tard les pelleteuses sur le bidonville dit de la "Nationale 7", renommé par nos soins "Place de l'Ambassade". Le 14 mars prochain, soit moins d'un an plus tard, nous publions Considérant qu'il est plausible que de tels événements puissent à nouveau survenir, ouvrage dans lequel, in extenso, est reproduit cet arrêté. Ainsi s'agit-il de rendre public un acte nous engageant collectivement, puisque signé par un élu de la République. Ainsi s'agit-il de donner ce texte de 8 pages à lire, à scruter, à comprendre autant que faire se peut, exercice démocratique fondamental puisqu'il s'agit bien de saisir ce qui s'énonce en notre nom. Tel exercice nécessite, par définition, culture de la plurivocité en opposition à ce que ce texte porte de sens unique. Nous avons alors adressé cet Arrêté municipal à trente auteurs en leur proposant de le "traduire" dans leur propre langue. Le résultat est peu commun : philosophes, architectes, poètes, artistes, traducteurs, et autres metteurs en scène brisent l'édifice, et l'ouvrent à une prise multiple, joyeuse, rageuse, sensible, ou encore clinique. Le résultat est peu commun : ce texte a priori conçu pour ne pas être lu nous apparaît, à la force des 320 pages qui composent cet ouvrage manifeste, comme monument de notre misère politique contemporaine, condensé de tous nos abandons. Telle lecture produit alors comme un appel à toutes les ripostes non seulement possibles mais nécessaires. 

Le livre est en pré-vente sur le site de Post-éditions, toute nouvelle maison qui fait non seulement preuve de courage mais de talent, et qui ouvre ainsi un catalogue promis à grand avenir. Pour l'accompagner dans telle aventure, ne pas hésiter à acheter le livre dès aujourd'hui : à 14 euros jusqu'au 14 mars - livré cette date au plus tard -, date de sortie en librairie où il sera vendu 17 euros. Se rendre directement ici. Ou télécharger et renvoyer le bulletin ci-joint. 






PS : Dans le même temps, dans un autre espace certes mais sous les mêmes cieux politiques, sort le numéro 2 du Journal des Jungles réalisé en collaboration avec la Plateforme de Service aux Migrants (PSM) et le laboratoire de recherche "Design Information Ville et Société" (voir ici) de l'Ecole Nationale Supérieure des Arts Décoratifs (ENSAD). Notamment à partir de la collecte des voix étouffées des dits "migrants", et leur publication au revers de ce journal grand format, comme une affiche frappée en particulier de l'une de ces paroles inouïes : "I'm here, so hear me". Une autre manière de rendre visible l'invisible, à l'égal de l'Arrêté municipal de Ris-Orangis, texte inouï s'il en est.







Journal des Jungles. Photos : Afrouz Razavi

vendredi 21 février 2014

Par les actes, nous nous opposons (week-end 4)


Il y a dix jours, un feu se déclarait dans un bidonville de Bobigny, sans d'ailleurs que la moindre enquête soit conduite afin d'en établir la cause. Une fillette de 8 ans y trouvait la mort. Les familles, accablées, étaient expulsées quelques heures plus tard.
Eric Fassin, dans l'ouvrage collectif qu'il publie cette semaine aux éditions La Fabrique (Roms et riverains. Une politique municipale de la race) analyse ce qui tient lieu aujourd'hui de politique à l'endroit des bidonvilles : laisser se dégrader la situation jusqu'à ce que l'expulsion s'impose, ou rendre le quotidien des familles invivable jusqu'au cauchemar afin que l'auto-expulsion s'impose.
Par les actes, nous nous opposons à telle lâcheté. C'est pourquoi, inlassablement, nous avons construit à Ris-Orangis. C'est pourquoi inlassablement nous construisons à Grigny. C'est pourquoi nous avons installé 22 extincteurs le week-end dernier sur les baraques du bidonville de la Folie. Pour éviter le pire. Ce que, si tant est que nous demeurions en République, toute municipalité se devrait de faire. Exactement, il nous en a coûté 437 euros.







22 extincteurs, pour éviter le pire.
Photos Margot Crayssac et Mabel Miranda


Il y a un an à Ris-Orangis, une "enquête sociale" déterminait qui serait digne de ne plus subir le harcèlement et la violence, et qui ne l'était définitivement pas. Un tiers des personnes avec lesquelles nous travaillions alors furent considérées aptes à l'insertion : elles furent régularisées, et établies dans un lieu de vie temporaire à Ris-Orangis. Les deux tiers, soit une centaine de personnes, furent jugées inaptes, condamnées à connaître jusqu'à l'épuisement la férocité des pelleteuses.
Par les actes, nous nous opposons à tel délire. La semaine dernière, dix étudiants de l'Ecole Nationale Supérieure des Arts Décoratifs nous ont rejoints sur le terrain, accompagnés jusqu'à nous par le designer Ruedi Baur et l'anthropologue Francesca Cozzolino. Ils ont rencontré une quinzaine de jeunes adultes, leur ont confectionnés des CV, des cartes de visite, des documents leur permettant de tisser des liens avec les entreprises et institutions alentour. Ce que, si tant est que nous demeurions en République, toute collectivité se devrait de faire. Exactement, il nous en a coûté quelques gâteaux partagés le jour du rendu de ce travail, à savoir samedi dernier.



Samedi 15 février, La Folie Grigny
Photos : Mabel Miranda


Il y a 7 mois, le Maire de Grigny engageait une procédure visant la destruction du bidonville de la Folie, comme le font systématiquement 99 % des Maires aujourd'hui en place et qui se re-présentent devant leurs électeurs dans un mois, se prétendant aptes à porter les couleurs de la République.
Par les actes, nous nous opposons à tel abandon de tout. Alors, nous construisons, tant et si obstinément que nous faisons jaillir sur le terrain les mille sens que peut prendre le verbe "construire" : un abri, un espace commun, des liens d'amitié, une vie, un avenir, une politique. Alors, nous donnons rendez-vous à celles et ceux qui par les actes démontrent qu'ils incarnent, plus que nombre de dits "responsables", la République, la seule digne de ce nom, l'active et joyeuse. Alors, nous donnons rendez-vous sur le terrain de la Folie à quiconque, samedi et dimanche, souhaite prendre part au 4e volet du chantier de la Folie. Pour prendre part au chantier - samedi comme dimanche, de 10h à 18h - et bénéficier d'un déjeuner offert par les riveraines et riverains, il est conseillé de nous contacter (contact@perou-paris.org), et / ou de s'inscrire ici.











PS : Exceptionnellement, l'Apérou de ce mardi n'aura pas lieu chez Béber, aux Caves Dupetit Thouars, mais en compagnie de Jean-Paul Curnier qui à l'Espace Khiasma nous invite à 20h30 pour une discussion intitulée "Le Voyage, la terre, la propriété du sol". Les informations se trouvent ici.

dimanche 9 février 2014

La possibilité d'une ville (un appel urgent)


"L'éloignement" est le nom de la politique qui prévaut aujourd'hui à l'endroit de celles et ceux avec lesquels le PEROU inlassablement construit. Cette politique s'adosse à des représentations tissées par nos soins, par la collectivité féroce que nous formons : innombrables sont nos images, textes, et discours qui concourent à désigner nombre d'individus, sans doute de plus en plus nombreux, de telle manière à ce que leur proximité nous apparaisse contre-nature. Alors, les mesures consistant à les chasser au loin ne se laissent pas saisir comme délirantes et assassines : comme il se doit, on remet ainsi les choses en place. Alors, la politique qui prévaut, à aucune exception partisane près, ne porte officiellement pas le nom de "l'éloignement". Elle se livre, publiquement, comme rationnelle et raisonnable, condamnant ses opposants au statut de fous dangereux au pire, de doux rêveurs au mieux.


Cuisine d'une femme n'ayant pas "vocation"
à habiter Grigny (Grigny, 8 février)

Il en va ainsi des lointains sociaux : sans-domicile fixe et autres cas sociaux, corps pathologiques que  des professionnels du secteur "diagnostiquent" avant leur mise en quarantaine dans des centres décentrés. Il en va ainsi des lointains économiques : sans-emploi et autres "assistés" que, de bonne grâce, l'on intègre dans des logements sociaux éloignés de tout, et en premier lieu de ce qui fait d'une ville une ville. Il en va ainsi des lointains géographiques : les prétendus" migrants", comme si leur mouvement était perpétuel - tel un penchant naturel - dont on s'épargne de concevoir l'accueil puisque leur identité est ainsi faite qu'ils s'en désintéressent. Il en va ainsi des lointains ethniques : ceux que l'on nomme "Roms", plus efficace que "bidonvilliens", mais désignant effectivement quiconque vit dans un bidonville - comme s'il s'agissait là d'une seconde nature - et se vautre - avec complaisance - dans le larcin et la manche. Cela s'entend : leur présence dans nos villes s'avère une contradiction logique. Leur éloignement résulte donc à nos yeux malades d'un allant-de-soi, non d'une politique de violence, que le terme "guerre" reste le plus à même de désigner.


Des membres du PEROU : plus de vingt-cinq ce week-end
venus construire de nouveaux rapprochements avec la ville
(Grigny, 8 février)

Si la pelleteuse met effectivement en oeuvre le mouvement salutaire de nettoyage, l'éloignement est préparé par certains actes - et non-actes - administratifs. La semaine dernière, nous nous rendons au CCAS (Centre communal d'action sociale) de la commune de Grigny, structure compétente pour accorder une adresse administrative - dite "domiciliation" - a quelque sans-abri que ce soit établi sur le territoire de la commune. Nous nous y rendons avec trois personnes du bidonville de la Folie qui ont un besoin crucial de telle adresse : nécessaire pour faire valoir ses droits civiques comme sociaux, elle l'est tout autant pour signer un contrat de travail. L'accueil est glacial : les trois personnes restent à la porte du bureau de la responsable du CCAS, bureau que seuls nous avons l'autorisation de pénétrer. Là, un dialogue invraisemblable.
Nous : "Ces personnes souhaitent obtenir une adresse administrative à Grigny". Elle : "Elles doivent avoir une carte de séjour, l'autorisation de vivre ici". Nous : "Depuis janvier 2014, ce sont des Européens comme vous et moi". Elle : "Vous me l'apprenez. Mais le Maire a de toute façon demandé qu'il n'y ait plus de domiciliation accordée aux Roms". Nous : "Qui vous dit qu'ils sont Roms ? Tout ce que nous savons c'est qu'ils vivent dans le bidonville de la Folie". Elle : "Le Maire a dit qu'il n'y aurait plus de domiciliation pour les personnes vivant en bidonville". Nous : "Considérons qu'ils sont sans-abri si vous le voulez bien ?". Elle : "Ecoutez, le Maire ne veut pas être envahi, car ça va coûter cher à la Mairie qui est pauvre. Vous n'avez qu'à attendre que la Mairie change aux prochaines élections". Nous : "??!".
Nous sommes repartis avec, sous le bras, notre colère en sourdine, et, dans la tête, le texte de loi, en l'occurrence n° 2007-290, précisant qu'un CCAS ne peut refuser l'élection de domicile de personnes sans domicile stable qui en font la demande que si ces dernières ne présentent aucun lien avec la commune. Sans doute devons-nous assaillir le CCAS des preuves que nous avons : des milliers de photos, 40 CV, des films, des textes, des dizaines de témoignages. A moins que l'on entende mieux ce que dit la loi : que c'est à la Mairie de prouver que les liens sont inexistants. Et que l'on entame une procédure contre celle-ci.

Au PEROU, contrairement à ce qui prévaut, nous construisons des rapprochements. Par les actes, en commençant par raccrocher le bidonville à la ville ; par le plus élémentaire des pragmatismes, en mettant fin à la dérive organisée par les édiles très efficaces dans l'art de laisser pourrir le bidonville pour mieux s'offrir la légitimité de l'évacuer dans l'urgence. Ainsi avons nous déployé ce week-end trois nouvelles tonnes de copeaux de bois, épongeant enfin la quasi totalité de la boue de ce terrain argileux. Ainsi avons-nous poursuivi le drain, jusqu'à ce qu'il traverse de part en part le bidonville, drain recouvert d'une passerelle construite à partir d'une centaine de palettes récupérées dans les alentours. Au moyen de tissages et de ponts, ainsi s'élaborent de nouveaux espaces propices à l'invention d'un temps nouveau.





La Folie cultivée, une passerelle en émerge.
(Grigny, 8 février).


Grâce au pont tendu entre le bidonville et l'Ecole Nationale Supérieur des Arts Décoratifs, nous organisons cette semaine un workshop consistant à concevoir de nouveaux CV pour une quinzaine d'adultes. Autant d'outils pour, précisément, tendre de nouveaux ponts entre le bidonville et la ville. Dans le même élan, nous souhaitons faire que le bidonville soit connecté à Internet par une borne d'accès wi-fi gratuite que Mathias Jud et Christoph Wachter nous proposent d'installer. Pour ce faire, ces deux artistes suisses qui ont déjà oeuvré à Montreuil notamment (voir l'article paru dans Libération à ce sujet ici) ont besoin de se raccorder à une connexion existante dans le voisinage. Cette connexion source ne sera pas altérée, et même peut-elle être boostée par ces experts. En outre, ce piratage n'a absolument rien d'illégal, en plus d'être potentiellement d'une utilité cruciale pour notamment chercher du travail. Mais il nous faut trouver la divine source avant mardi. Ceci est donc un appel, urgentissime : qui pour tisser un lien nouveau, aux antipodes de l'éloignement qui prévaut ? (Si quelque piste que ce soit, nous contacter sur contact@perou-paris.org).


La Folie, Grigny, 9 février






jeudi 6 février 2014

Le chantier de la Folie (week-end 2)


Comme l'indique la lettre envoyée aujourd'hui au Maire de Grigny, lettre reproduite ci-dessous, le week-end dernier fut marqué par l'activation d'un chantier aussi nécessaire qu'enthousiaste.




Comme le présente le document publié ci-dessous, le week-end à venir sera marqué par la poursuite de ce chantier toujours aussi nécessaire et bien évidemment ouvert à tout public enthousiaste. Rejoignez-nous donc, quelles que soient vos compétences : on trouvera à faire ensemble, tant il y a à faire ensemble. Il suffit de se présenter sur les lieux dès 9h30 samedi et dimanche, et pour quelque question que ce soit, de nous joindre à : contact@perou-paris.org. Il est à noter que, grâce au talent de quelques formidables riverain(e)s, le chantier sera agrémenté à midi d'un repas merveilleux, et néanmoins offert.















PS : Samedi soir, nous nous retrouvons à l'Amin Théâtre de Viry-Châtillon pour une table ronde organisée dans le cadre de la journée "Etranges étrangers - Roumanie mania". Les informations sont disponibles ici. Durant cette journée, alors que nous serons sur le terrain, plusieurs de nos films seront présentés dans le théâtre : Considérant qu'il est plausible que de tels événements puissent à nouveau survenir ; La Place - Ris-Orangis ; et La Folie Grigny.


vendredi 31 janvier 2014

A la Folie !

Dix mois sont passés depuis l'installation des familles sur le terrain de la Folie, chassées qu'elles furent le 3 avril de la Place de l'Ambassade. Le temps, largement, d'inventer un monde. Las : c'est le spectacle d'un entêtement que nous avons observé, et bien évidemment consigné dans nos archives.

A Ris-Orangis, la Mairie socialiste ordonnait la destruction du bidonville de la Nationale 7 "pour la sécurité des personnes". A Grigny, la Mairie communiste suivait la pente, au degré d'inclinaison près, en demandant qu'on expulse, la main sur le coeur. Devant le juge le 15 novembre dernier, l'avocat de la Mairie tint en effet un discours merveilleusement délirant. Nous fut d'abord narré, comble d'ironie, le projet d'un centre commercial vital à l'économie de la commune pour justifier d'enfoncer un peu davantage, par l'expulsion répétée une énième fois, les familles dans leur économie dérisoire. Nous fut ensuite offerte une plaidoirie sous forme de syllogisme abracadabrantesque. En substance : "Nous nous opposons à la politique de violence consistant à expulser sans solution" ; "Ne pas expulser les familles de Grigny serait absoudre l'Etat et l'encourager à ne pas assumer sa responsabilité de trouver des solutions" ; "Nous demandons donc l'expulsion parce que nous nous y opposons". Avec une main, nous nous frottions les yeux, avec l'autre nous prenions note à l'éructation de honte près. Un jour prochain nous publierons le verbatim de cette séance, pour mesurer combien l'absence de vergogne nous gouverne.
On s'entête donc à reproduire la même politique écervelée : au motif ô combien moralement élevé que l'on s'oppose à ce que se pérennise le bidonville, on détruit celui-ci et contribue donc à faire se pérenniser le bidonville. L'entêtement burlesque, la folie en étendard.

Puisqu'au PEROU nous sommes également têtus, nous reprenons le chemin de la Folie, nom merveilleux que porte ce terrain sur lequel sont installées aujourd'hui les personnes "chassées de toutes parts" comme le décrit le dernier rapport d'Amnesty International. Le juge a entre temps délibéré : nulle expulsion ne sera ordonnée avant le 31 mars, fin de la trêve hivernale et, accessoirement, lendemain du deuxième tour des élections municipales. Nous ne savons pas de quoi l'avenir sera fait, mais savons de quoi il en retourne au présent : une situation sanitaire inquiétante, boue, rats, feu menaçant, et fumées étouffantes. Nous sommes têtus car nous sommes convaincus qu'agir au présent, notamment pour répondre à ces urgences, est le seul moyen d'inventer un nouvel avenir : sécurisé, le bidonville peut devenir le théâtre d'un travail serein de construction de solutions durables, hors le bidonville, à l'abri de l'urgence. Et nous nous sommes promis une chose simple, élémentaire : d'en faire la démonstration.

Alors, fin décembre, nous avons adressé une lettre aux habitants. Une par foyer, soit quarante courriers pour proposer à chacun de nous formuler des doléances à la réalisation desquelles nous pourrions ensemble nous mettre à travailler : pour le présent, pour l'avenir. Nous avons reçu en retour une trentaine de lettres, parfois magnifiques. On nous alerte : les toitures fuient, les rats se multiplient, la boue rend le terrain impraticable et les enfants un jour sur deux ne sauraient même le traverser pour rejoindre l'école. On rêve un peu davantage : des toilettes et des douches que la majorité demande ; une salle commune, un lieu pour inviter les riverains, peut-être pas une ambassade non, mais un consulat au moins ! On insiste : des CV, et un emploi, et pas qu'un seul, et pour tout le monde. Voilà donc esquissé un programme, que nous nous donnons de suivre, programme dessiné ci-dessous :








Pour ce faire, nous sommes nombreux, très nombreux à avoir vu passer ces dix mois comme une perte de temps lamentable, très nombreux à vouloir enfin agir. Pour ce faire, nous avons réuni des fonds, notamment grâce au soutien indéfectible de la Fondation Abbé Pierre qui, dans le même temps, sort un Rapport sur le mal logement accablant (résumé ici). Pour ce faire, nous avons besoin de l'enthousiasme et de la détermination de tous. Pour construire, prendre soin des personnes mais aussi des lieux, faire de cette action une fête.
Avant l'échéance du 31 mars, neuf week-end s'offrent à nous. Nous nous proposons, nous vous proposons, de les occuper avec douceur et folie. Chaque samedi, un déjeuner sera offert par les riverains. Demain samedi 1e février, c'est Yvette qui régale ! Chaque week-end, nous projetterons des films, accueillerons des artistes tels que Didier Galas ou Miléna Kartowski qui, déjà à Noël, ont apporté un peu de leur folie sur la Folie. Et, chemin faisant, nous transformerons le présent, et donc l'avenir, ensemble. Nous ferons de la politique, à l'endroit même où la politique se réduit à défaire, et poursuit une défaite.


PS 1 : Ce billet est le dernier du blog de l'Ambassade de Ris-Orangis, et le prochain sera publié sur un blog tout neuf, dédié à la Folie. Mais quoi qu'il en soit, pour nous suivre contactez-nous à : contact@perou-paris.org

PS 2 : Pour nous retrouver directement sur le terrain, dès demain 10h du matin, suivez les pointillés ci-dessous (la gare RER en question est celle de Grigny-Centre, desservie par la ligne D) :



PS 3 : Nous préparons, dans le même élan, la sortie de bien des publications réjouissantes. Un livre collectif le 14 mars réunissant les contributions de 32 auteurs sur la destruction du bidonville de Ris-Orangis (Jean-Christophe Bailly, Etienne Balibar, Stéphane Bérard, Chloé Bodart, Patrick Bouchain, Robert Cantarella, Charlotte Cauwer, Julien Choppin, Hélène Cixous, Gilles Clément, Margot Crayssac, François Cusset, Nicola Delon, Valérie de Saint-Do, Jac Fol, Jean-Michel Frodon, Didier Galas, Edith Hallauer, Cyrille Hanappe, Loïc Julienne, Isabelle Lassignardie, Franck Leibovici, Ronan Letourneur, Francis Marmande, Béatrice Mésini, Olivier Quintyn, Ramona Strachinaru, Richard Sabatier, Merril Sinéus, Michel Surya, Aude Tincelin, et Jean Torrent), Un imagier trilingue (Français, Romanes, Roumain) fin mars que nous offrirons aux classes dans lesquelles sont scolarisés les enfants. Un nouveau film, au printemps, réalisé à partir de séquences que tournent en ce moment même les familles, dont le processus de réalisation est visible ici. Et, dans l'année 2014, un livre sur l'ensemble du travail conduit dans l'Essonne, et une exposition en octobre, novembre et décembre, dans un haut lieu de l'architecture.